Le retour de la désinformation anti-nucléaire

Centrale nucleaire saint laurent des eaux

Article originel : Transitions & Energies

L’été 2026 aura une nouvelle fois été marqué par une succession d’articles et de reportages alarmistes consacrés au nucléaire français. À chaque épisode de canicule, les mêmes images et les mêmes interrogations sont revenues : réacteurs à l’arrêt, sécheresse, températures élevées des cours d’eau et prétendues difficultés du parc nucléaire à assurer la sécurité d’approvisionnement.

Pourtant, lorsqu’on regarde les chiffres de production électrique, le tableau apparaît nettement moins inquiétant.

Entre le 1er juin et le 28 août, le nucléaire a représenté 69,4 % de la production électrique française, soit 81 401 GWh, selon les données d’ENTSO-E, le réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité.

Dans le même temps, le solaire a représenté 11,3 % de la production, l’hydraulique 7,5 %, l’éolien terrestre 5,3 %, le gaz naturel 3,1 % et l’éolien en mer 1 %.

Autrement dit, malgré les épisodes de fortes chaleurs et les contraintes qui ont pu affecter ponctuellement certains réacteurs, le parc nucléaire est resté de très loin la première source de production électrique française.

Des arrêts ponctuels, mais pas de crise électrique

Certains réacteurs ont effectivement dû réduire leur production ou être temporairement arrêtés au cours de l’été. Mais présenter ces situations comme une menace pour l’équilibre du système électrique français est largement excessif.

Dans plusieurs cas, les contraintes ne résultaient pas d’un manque d’eau pour refroidir les installations, mais de la réglementation environnementale qui impose des restrictions lorsque la température de certains cours d’eau atteint des seuils définis.

À cela se sont ajoutées des situations particulières, notamment dans certaines centrales situées en bord de mer, où des arrivées massives de méduses ont pu perturber les systèmes de refroidissement.

Il faut également tenir compte de la situation du réseau électrique. En période estivale, la production solaire peut être particulièrement élevée en milieu de journée, au point de contribuer à une situation de surproduction à certains moments. Cette production bénéficie, comme les autres renouvelables prioritaires sur le réseau, d’un accès prioritaire à celui-ci.

Ces différents phénomènes existent bel et bien. Mais ils ne permettent pas de conclure à une fragilisation majeure du système électrique français.

Les chiffres plutôt que les récits alarmistes

La meilleure manière de mesurer la réalité est encore de regarder la production effective.

Entre le 1er juin et le 28 août, le nucléaire a donc produit 81 401 GWh, soit 69,4 % de l’électricité française.

À titre de comparaison :

  • le solaire : 13 294 GWh, soit 11,3 % ;
  • l’hydraulique : 8 786 GWh, soit 7,5 % ;
  • l’éolien terrestre : 7 398 GWh, soit 5,3 % ;
  • le gaz naturel : 3 631 GWh, soit 3,1 % ;
  • l’éolien en mer : 1 152 GWh, soit 1 %.

Le solaire et l’éolien terrestre ont ainsi représenté ensemble environ 18,6 % de la production électrique française sur la période, contre 69,4 % pour le nucléaire.

Le rapport entre les productions est donc sans ambiguïté : le nucléaire a produit près de 3,7 fois plus d’électricité que le solaire et l’éolien terrestre réunis.

Puissance installée : attention aux comparaisons trompeuses

Un autre indicateur est régulièrement mis en avant dans le débat énergétique : la puissance installée.

La France dispose aujourd’hui d’environ 63 GW de capacité nucléaire, contre 32,4 GW de solaire et 26,1 GW d’éolien. Les capacités cumulées du solaire et de l’éolien atteignent donc environ 58,5 GW, un niveau proche de celui du parc nucléaire.

Mais comparer uniquement ces puissances installées n’a pas beaucoup de sens.

Ce qui compte pour mesurer la contribution réelle d’une technologie au système électrique, c’est notamment le facteur de charge, c’est-à-dire la quantité d’électricité effectivement produite par rapport à ce que permettrait une utilisation permanente de la puissance installée.

Sur ce terrain, les caractéristiques du solaire et de l’éolien sont très différentes de celles du nucléaire.

Le solaire ne produit pas la nuit et sa production varie fortement au cours de la journée et selon les conditions météorologiques. L’éolien dépend, lui, de la disponibilité du vent.

Le nucléaire offre une production beaucoup plus régulière et pilotable, ce qui lui permet de fournir une quantité importante d’électricité indépendamment de l’ensoleillement ou des conditions de vent.

Installer davantage de capacités renouvelables intermittentes augmente donc la quantité d’électricité disponible lorsque les conditions sont favorables, mais ne garantit pas une production équivalente lorsque le soleil disparaît ou que le vent faiblit.

Le solaire a-t-il « sauvé » le système électrique ?

Certains commentaires ont présenté cet été la forte production solaire comme ayant « sauvé » le système électrique français.

La formule mérite au minimum d’être nuancée.

Oui, le solaire a apporté une contribution importante pendant les heures d’ensoleillement, notamment grâce à une météo favorable. Mais cette contribution est par définition concentrée sur certaines heures de la journée.

Lorsque le soleil se couche, la production photovoltaïque chute rapidement. Le système électrique doit alors pouvoir compter sur d’autres moyens de production ou sur les échanges avec les pays voisins.

C’est précisément dans cette perspective que la production nucléaire française conserve toute son importance : elle permet de disposer d’une production décarbonée abondante et régulière, y compris lorsque le solaire ne produit plus.

Une France qui continue d’exporter son électricité

Un autre élément est souvent absent des récits les plus alarmistes : la France a continué à exporter massivement de l’électricité au cours de l’été.

La production française, largement décarbonée et dominée par le nucléaire, permet régulièrement de couvrir la consommation nationale tout en alimentant les réseaux des pays voisins.

Cette capacité d’exportation est particulièrement visible lorsque la production solaire européenne diminue en fin de journée.

Il serait donc paradoxal de présenter le parc nucléaire français comme incapable de faire face aux conditions estivales tout en constatant simultanément que la France dispose d’un excédent d’électricité lui permettant d’en exporter une partie.

Le nucléaire reste l’un des piliers de la décarbonation

Au-delà du débat sur les épisodes de canicule, une autre confusion demeure : celle qui consiste à associer le nucléaire à une forte émission de CO₂.

Or le nucléaire fait partie des sources d’électricité les moins émettrices de gaz à effet de serre sur l’ensemble de son cycle de vie.

C’est notamment grâce à son parc nucléaire que la France dispose d’une électricité parmi les plus décarbonées au monde. En 2025, la production électrique française était ainsi décarbonée à plus de 95 %.

Cette caractéristique reste pourtant relativement méconnue du grand public.

Le dernier baromètre Orano consacré aux Français et au nucléaire, publié en mars, indiquait ainsi que 52 % des personnes interrogées pensaient encore que le nucléaire émet du CO₂ et contribue au dérèglement climatique. Cette proportion atteignait 69 % chez les 18-24 ans.

Informer plutôt que caricaturer

Le débat sur la politique énergétique française est parfaitement légitime. Les coûts, les déchets, la sûreté, le renouvellement du parc, le développement des renouvelables ou encore les investissements nécessaires peuvent et doivent être discutés.

Mais ce débat ne peut être éclairé par des présentations partielles ou des récits alarmistes qui ne résistent pas à l’examen des données de production.

Que certains réacteurs aient été temporairement affectés par les fortes températures ou par des contraintes environnementales est un fait. En déduire que le nucléaire aurait été incapable de répondre aux besoins du système électrique français en est un autre.

Les chiffres disponibles pour l’été racontent une histoire beaucoup plus simple : le nucléaire est resté de très loin la première source d’électricité en France, tandis que le solaire et l’éolien ont apporté une contribution complémentaire, mais intermittente.

Le véritable enjeu n’est donc pas de nier les difficultés ponctuelles rencontrées par le parc nucléaire. Il est de les replacer dans leur contexte et de regarder l’ensemble du système électrique plutôt que de tirer des conclusions générales à partir de quelques situations particulières.

Dans le débat énergétique, les chiffres devraient rester le meilleur antidote aux caricatures.